
Il est 7h50. La cour d’honneur est encore dans l’ombre. Les premières voitures arrivent, les chiens s’agitent dans les coffres, quelqu’un tient un café serré qu’il n’a pas eu le temps de finir. Novembre en Bourbonnais a cette lumière bleue et froide qui rend les pierres du château presque grises. C’est exactement dans ce moment-là, avant même que la journée commence, que l’on comprend pourquoi une journée de chasse au faisan sur un domaine privé d’un seul tenant est une autre affaire qu’une chasse de club.
Ce qui suit, c’est le déroulé précis d’une journée type au Château du Creux. Pas une promesse. Un fait.
L’arrivée au domaine : 8h, le château encore dans la brume
Le rendez-vous est fixé à 8h au château. Pas « à partir de 8h ». À 8h. Le garde est déjà là. Les fusils sont déposés sous le préau de la cour, les sacs posés contre le mur en tuffeau. Un thermos de café circule. Deux ou trois chiens tournent en laisse autour de leurs maîtres.
Le château du Creux n’est pas un club de chasse avec un parking en gravier et un panneau « accueil chasseurs ». C’est une demeure familiale classée Monument Historique, habitée, transmise dans la même lignée depuis le XVIe siècle. L’accueil se fait donc là où la famille reçoit : dans la cour, sous les communs remaniés dans les années 1770 par Nicolas-Martial Foacier. Les corniches sont à hauteur d’œil, le portail en fer forgé est ouvert. Rien n’est mis en scène.
Le domaine totalise 1 100 hectares d’un seul tenant. C’est ce détail qui change la mécanique de la journée : pas de voisin à ménager, pas de poste tronqué par une limite de parcelle. On va y revenir.
Le briefing du garde et la répartition des postes
8h15. Le garde réunit le groupe dans la cour. Cinq minutes, debout, carte à la main.
Il explique les deux ou trois unités de chasse prévues pour la matinée, les zones de sécurité absolues, les sens de tir autorisés selon la configuration du couvert. Ce n’est pas un cours magistral : le garde connaît chaque parcelle par son nom d’usage, pas par un numéro cadastral. Il connaît aussi les chiens présents, leur façon de travailler, les zones qu’ils ont tendance à négliger.
La répartition des postes tient compte du groupe. Un novice ne sera pas placé sur un poste de file, là où les faisans passent vite et haut. Un chasseur expérimenté ne se retrouvera pas à attendre sur un couloir plat. C’est une lecture du groupe que le garde fait chaque matin et elle change d’un samedi à l’autre.
À 8h30, tout le monde est en route vers le premier couvert.
La matinée : trois heures dans les couverts

La lumière de novembre au Creux est particulière. Elle arrive par le flanc, presque horizontale à 9h du matin et traverse les taillis de chênes en lames. On voit les vapeurs monter des fougères. L’herbe est lourde. Les chiens travaillent court, le nez bas et on les entend avant de les voir.
La matinée se découpe en deux ou trois battues selon l’effectif du groupe et la configuration du territoire. Entre chaque battue, déplacement à pied d’un couvert à l’autre. Dix minutes de marche, parfois vingt. Pas de navette motorisée sauf demande spécifique : le déplacement fait partie du rythme.
Le faisan élevé et lâché sur le domaine est un faisan de chasse, pas un faisan de parc. Les lâchers sont anticipés pour que les oiseaux se soient dispersés et naturalisés dans les couverts avant l’ouverture. Un faisan qui court au sol avant de monter n’est pas un défaut de gestion : c’est le signe qu’il s’est installé.
Ce que l’on chasse ici, concrètement : faisans communs, perdrix grises selon les années, lièvres selon les secteurs. Le tableau de la matinée dépend du groupe, du vent, des chiens. Une matinée à six fusils peut produire entre vingt et quarante pièces. Aucune garantie de tableau n’est donnée et c’est une position que l’on assume : garantir un tableau, c’est garantir une industrie, pas une chasse.
Vers 11h30, le garde signale la fin de la matinée. Les chiens sont rappelés. On compte les pièces sur le bord du couvert, dans l’herbe froide.
La pause de mi-journée sur le domaine
Retour au château pour midi. La grande table de la salle à manger de chasse est mise. Pas un buffet debout. Une vraie table.
Le déjeuner de mi-journée est simple : charcuteries régionales, fromages, pain, vin du domaine ou vin de table selon la formule choisie. Il dure ce qu’il dure, c’est-à-dire en général entre une heure et une heure et demie. Certains groupes prolongent. D’autres sont debout à 13h15 en regardant la carte du prochain secteur.
Le château n’a ni restaurant gastronomique, ni bar d’hôtel. C’est une maison. La table de chasse est celle où la famille reçoit. Ce n’est pas un service de restauration : c’est un déjeuner.
L’après-midi et le tableau final
La reprise se fait vers 13h30 ou 14h selon la saison et l’humeur du groupe. L’après-midi est souvent plus calme que la matinée. Les oiseaux se sont posés, le vent a soufflé, les couverts ont changé d’aspect. Les chiens sont plus fatigués et travaillent différemment.
Deux battues, parfois trois si le temps le permet. La lumière commence à changer vers 15h30 en novembre : elle passe du blanc au jaune, puis s’aplatit sur les labours. C’est dans cette fenêtre de fin d’après-midi que les faisans coqs montent le mieux, haut, contre le ciel clair.
Vers 16h, le garde arrête la chasse. Le tableau est dressé à plat sur le sol devant les communs, à la façon traditionnelle. Les pièces sont disposées par espèce. On compte. On photographie. C’est un moment court et silencieux, souvent le plus mémorable de la journée.
La venaison est ensuite préparée selon les usages : les pièces reviennent aux chasseurs ou restent pour le repas du soir, selon l’accord préalable avec le garde.
Le repas de chasse : clore la journée comme il se doit
Le repas de chasse commence vers 19h. Il se tient dans la grande salle du château, sous les poutres du plafond du XVIIIe siècle. La cheminée est allumée depuis 18h : la pierre sèche vite et la salle est chaude quand les chasseurs entrent, encore en tenue.
Le menu est construit autour du gibier du domaine. Faisan rôti, civet selon les années, légumes de saison. La cuisine est assurée par un cuisinier extérieur sélectionné pour sa connaissance du gibier bourbonnais, pas pour sa capacité à servir cent couverts. Ici, on est rarement plus de douze à table.
L’odeur de la poudre a disparu depuis longtemps. Reste celle du feu de bois et des sauces longues. Les voix montent, les récits se précisent, les tirs manqués s’embellissent. C’est exactement ce moment-là que l’on n’organise pas : il arrive ou non, selon le groupe.
Les chasseurs qui souhaitent rester la nuit sur place ont accès aux chambres et suites du château. La Suite Nicolay, comme les autres hébergements disponibles dans la demeure, permet d’éviter une route de nuit après une longue journée. Un détail logistique mais pas anodin.
Pour vérifier les dates disponibles et demander un devis adapté à la taille de votre groupe, la page La Chasse rassemble les informations pratiques et le contact direct du garde. Les dates de la saison se ferment tôt : les groupes réguliers réservent en général avant la fin de l’été précédent.

Le Château du Creux est un domaine familial du Bourbonnais, au cœur de l’Allier. Ouvert aux séjours, aux réceptions, aux séminaires et à la chasse, il partage ici son histoire, son parc, ses saisons et la vie du domaine.
