Depuis le XIVᵉ siècle

L'histoire du Château du Creux depuis le XIVe siècle

Six siècles d’archives depuis l’hommage de 1407, une maison forte devenue demeure classique, la signature d’un architecte du Roi venu de Versailles et une maison jamais désertée : le Creux se raconte moins comme une suite de dates que comme une transmission continue, des La Faye aux Fougières, des Fougières aux Nicolay, jusqu’à aujourd’hui.

Sources : Bulletin de la Société d’émulation du Bourbonnais, 4ᵉ trimestre 1953 ; Allier Généalogie, Le canton de Hérisson ; archives du château du Creux.

XIVᵉ siècle

Une maison forte au fond d'un creux

Avant le château actuel, il y eut une maison forte. Son emplacement exact n’est pas connu ; elle se trouvait vraisemblablement à l’endroit de l’actuel potager clos, où subsistent des murs dont certains suivent un tracé circulaire. Elle tenait la garde du gué et de la voie qui remonte la vallée de l’Aumance vers le bocage bourbonnais et l’Auvergne. À l’inverse des places voisines bâties sur les hauteurs, comme La Roche-Othon, elle s’élevait au fond d’un repli de terrain, un creux : c’est probablement de là que vient le nom du lieu.

Au XIVᵉ siècle, le fief est tenu par la famille de La Faye : l’hommage de 1407 renvoie à celui qu’avait déjà rendu Josset de La Faye, aïeul d’Hélion. La tradition fait remonter le lieu plus haut encore, à l’époque des croisades, avec une famille « du Creux » : c’est la légende de la chapelle du Rachat. Isabelle du Creux y fait le vœu d’élever un sanctuaire à la Vierge si son fiancé, Raoul de La Roche, prisonnier en Terre sainte, lui revient. La Vierge en bois doré dite « du Rachat » est aujourd’hui conservée dans la chapelle du château.

1407

La première mention écrite

Le 29 décembre 1407, noble homme messire Hélion de La Faye, chevalier, seigneur du Creux, rend hommage au duc de Bourbon pour son « hotel du Creux, fossez tout à l’environ avec pont levis à charnes, eschiffe, crenelles et autres deffences, appartenant audit hotel, cour et basse cour ». C’est le plus ancien document connu sur le Creux, conservé dans les archives du château. Il décrit une maison forte entourée de fossés, avec pont-levis, échauguette et créneaux, intégrée au système défensif de la vallée de l’Aumance. Les La Faye rendent encore hommage pour le Creux en 1505.

1519

Les Fougières, capitaines d'Hérisson

En 1519, Jeanne de La Faye épouse Gilbert de Fougières ; en 1546, celui-ci acquiert de son beau-frère la terre et seigneurie du Creux. Le domaine reste dès lors aux Fougières, presque sans interruption, pendant près de trois siècles. Plusieurs d’entre eux sont capitaines-châtelains d’Hérisson, la forteresse voisine : Jacques de Fougières, également maître des eaux et forêts de Bourbonnais, puis son petit-fils François. En 1606, le partage des biens de Jacques attribue le Creux à son fils Gilbert. Au XVIIIᵉ siècle, François, marquis de Fougières, lieutenant général des armées du roi puis de la province de Bourbonnais, partage sa vie entre le Creux et Paris.

1650

Le siège d'Hérisson

Le 27 juillet 1650, pendant la Fronde, François de Fougières, « M. du Creux », tient pour le roi le château d’Hérisson. Retranchés à Montrond, les frondeurs du marquis de Persan imaginent un stratagème inspiré du cheval de Troie : un gentilhomme voisin, Simon Sanson, seigneur de Bris, obtient de mettre en sûreté dans la forteresse quelques grands coffres. Des coffres sortent des soldats ; Sanson saisit le fils du châtelain, âgé de seize ans, et menace de le poignarder si la place ne se rend pas. Malgré son âge et la goutte, François de Fougières l’abat d’un coup de feu, les habitants d’Hérisson accourent et la place est sauvée. Le matin même, Persan s’était emparé au Creux du fils aîné, « M. du Cluseau », pour l’échanger contre ses hommes faits prisonniers : le châtelain refusa.

Années 1770

Foacier compose le domaine

François-Marie de Fougières, sous-gouverneur du Dauphin et des enfants de France, maréchal de camp, reçoit définitivement le Creux de sa mère en 1770. Il fait appel à Nicolas-Martial Foacier, architecte et dessinateur des Bâtiments du roi. Le château existe déjà, vraisemblablement depuis la première moitié du XVIIIᵉ siècle : en mai 1775, Foacier passe trente-quatre jours au Creux pour en relever les plans des différents étages, ainsi que ceux des cours, des potagers et du parc. Son intervention sur le château lui-même reste limitée ; c’est l’ensemble qu’il recompose. La glacière et le colombier datent de 1775, le pavillon des cuisines puis celui des archives et des bains de 1776, les plans des pavillons de la buanderie et de la laiterie de 1777. En 1778, il trace l’avant-cour ; les grilles d’entrée suivent en 1779, le réservoir et les conduites d’eau en 1780. Les travaux s’achèvent peu avant la mort de François-Marie de Fougières, en 1787. Il en résulte cette succession de cours qui forme l’une des plus belles perspectives du Bourbonnais.

1791-1802

La Révolution

Louis-Joseph de Fougières, né à Versailles en 1779 et tenu sur les fonts baptismaux par Monsieur et Madame, a douze ans quand il est envoyé en émigration, en 1791. Dès l’année suivante, les biens de la famille sont placés sous séquestre. L’inventaire alors dressé décrit un château de deux grands salons, une salle à manger, un vestibule d’honneur et trente-neuf chambres réparties sur trois étages et les combles. Le mobilier est vendu aux enchères entre novembre 1793 et janvier 1794 ; la maison, dégradée, n’est pas vendue, peut-être sauvée par l’idée des experts d’y installer un établissement d’instruction publique. Louis-Joseph obtient la restitution de ses biens en 1802 : il faut alors remeubler entièrement le château. Sous la Restauration, il sera premier maître d’hôtel du comte d’Artois, gentilhomme de la chambre de Charles X et député du Cher de 1824 à 1830.

1837

La maison de Nicolay

Louis-Joseph de Fougières n’a qu’une fille, Adélaïde-Hyacinthe. En décembre 1837, elle épouse le marquis Christian de Nicolay : le Creux passe ainsi, par alliance, à la maison de Nicolay, qui l’habite depuis sans interruption, soit près de deux siècles. Des La Faye aux Fougières, puis aux Nicolay, le domaine s’est transmis par héritage et par alliance, un fait suffisamment rare pour une demeure de cette taille en Bourbonnais pour être signalé.

1883-1889

La restauration Duthoit

Madame de Nicolay porte un soin tout particulier au Creux. De 1883 à 1889, elle le fait réparer et transformer par Edmond Duthoit, architecte à Amiens. Le fronton qui surmonte la façade date de cette campagne, comme la modification du perron. Elle s’éteint à Paris le 22 juin 1891, laissant à ses descendants le soin de conserver le domaine dans son intégrité.

Aujourd'hui

Une demeure habitée

Classé Monument Historique, le château reste avant tout une maison de famille habitée à l’année, pas un musée mis sous cloche. Les pièces de réception gardent leur mobilier et leurs usages. Depuis quelques années, le château s’ouvre à l’accueil de chambres d’hôtes et à la privatisation ponctuelle pour des réceptions, sans que cela n’en change la nature : on y reçoit des hôtes, on n’exploite pas un site touristique.

Focus

Nicolas-Martial Foacier

Architecte et dessinateur des Bâtiments du roi, contrôleur et inspecteur de ces mêmes bâtiments, commissaire-voyer de la ville de Versailles : Nicolas-Martial Foacier est un homme de Versailles quand François-Marie de Fougières le fait venir en Bourbonnais, en 1775. Le dossier conservé dans les archives du château, avec ses relevés, ses plans d’ensemble et ses mémoires, montre à quel point il était « imprégné » des perspectives de Versailles : sur ses plans, les bâtiments existants sont tracés en noir, ceux qu’il projette en rouge.

Au château lui-même, il touche peu. Son œuvre est ailleurs, dans le plan d’ensemble : il ajoute des pavillons, plante des arbres et ordonne les cours pour obtenir cet équilibre des lignes et des masses propre à l’art classique. Un seul de ses projets ne vit pas le jour, un canal à l’arrière du château ; tout le reste, à quelques détails près, fut réalisé. C’est à lui que le Creux doit cette arrivée par une succession de cours, qui conduit le regard jusqu’au château.

Patrimoine protégé

Monument Historique

Le Château du Creux est classé Monument Historique par arrêté ministériel du 26 janvier 1950, l’escalier intérieur et sa rampe compris dans le classement (notice Mérimée PA00093327). Ce classement implique un contrôle de l’État sur toute intervention touchant les parties protégées, exercé par les architectes des Bâtiments de France. Concrètement, les travaux de restauration se font sous suivi technique, avec des matériaux et des techniques conformes à l’époque de construction plutôt qu’une rénovation standard. C’est cette contrainte, plus que le prestige du classement, qui garantit dans la durée la cohérence de l’ensemble et sa transmission aux générations suivantes.

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