Style classique, XVIIIᵉ siècle

L'architecture classique du Château du Creux

Le château actuel remonte vraisemblablement à la première moitié du XVIIIe siècle. Dans les années 1770, Nicolas-Martial Foacier, architecte du Roi à Versailles, touche peu au corps de logis mais recompose tout ce qui l’entoure : pavillons, cours successives, avant-cour et grilles. Edmond Duthoit lui ajoute son fronton à la fin du XIXe siècle. Sa grammaire classique, transposée à l’échelle d’une demeure provinciale, joue moins sur le faste que sur la rigueur des proportions.

Le parti architectural

Corps de logis et dépendances

Un corps central à triple élévation, flanqué de deux pavillons en retour d’équerre ; des toitures d’ardoise d’où émergent de hautes cheminées monumentales, percées de fenêtres de mansarde et d’œils-de-bœuf. Au centre de la façade, le fronton triangulaire date de la campagne d’Edmond Duthoit, entre 1883 et 1889, comme la modification du perron. Le bulletin de la Société d’émulation du Bourbonnais relevait déjà en 1953 l’élégance de ses portes et fenêtres à petits carreaux et les marbrures roses de ses pierres.

L’ensemble obéit à une logique de symétrie et de proportion : pierre locale, ardoise, baies régulières et lignes sobres, une élégance de mesure caractéristique du classicisme français de province. La modénature, volontairement retenue (chaînages d’angle discrets, corniche simple, encadrements de baies sans surcharge), évite tout effet de décor pour laisser parler les proportions elles-mêmes. C’est cette économie de moyens, plus que l’ampleur du bâtiment, qui rattache le Creux aux grands principes du classicisme français.

Composition d'ensemble

Les cours de Foacier

Le château ne se résume pas au seul corps de logis. C’est autour de lui que Nicolas-Martial Foacier a laissé sa marque : venu au Creux en 1775, il compose une succession de cours que le bulletin de 1953 décrit comme « l’une des plus belles perspectives de notre Bourbonnais ». La glacière et le colombier datent de 1775, le pavillon des cuisines puis celui des archives et des bains de 1776, les plans de la buanderie et de la laiterie de 1777, l’avant-cour de 1778, les grilles d’entrée de 1779, le réservoir et les conduites d’eau de 1780. Seul le canal prévu à l’arrière du château ne vit jamais le jour. L’arrivée se fait par l’avant-cour avant de déboucher sur la cour d’honneur : on ne voit la façade principale dans son ensemble qu’au terme de ce parcours, un effet de composition voulu plutôt qu’un hasard de terrain. Les communs, en pierre plus modeste que le château, ont depuis été partiellement réaménagés pour l’accueil des hôtes, sans que leur volumétrie extérieure n’ait été modifiée.

Vocabulaire

Le vocabulaire de l'architecture classique, terme par terme

Quelques termes reviennent souvent pour décrire le château, empruntés au vocabulaire technique de l’architecture classique des XVIIe et XVIIIe siècles.

  • Modénature : l’ensemble des profils, moulures et corniches qui structurent une façade classique. Au Creux, elle reste volontairement sobre.
  • Fronton triangulaire : élément de couronnement au-dessus de la travée centrale, hérité du temple antique, qui marque l’axe de symétrie de la façade. Au Creux, il est ajouté par Edmond Duthoit à la fin du XIXe siècle.
  • Comble à la française : toiture à forte pente et brisée, typique des XVIIe et XVIIIe siècles, qui abrite des combles habitables éclairés par des fenêtres de mansarde et des œils-de-bœuf.
  • Ordonnancement : la disposition régulière des travées et des baies sur une façade, principe cardinal du classicisme français.
Intérieur

Matériaux et lumière à l'intérieur du château

En 1792, l’inventaire dressé à la Révolution comptait deux grands salons, une salle à manger, un vestibule d’honneur et trente-neuf chambres réparties entre les trois étages et les combles. L’escalier intérieur et sa rampe sont compris dans le classement Monument Historique de 1950. À l’intérieur, les volumes du XVIIIe siècle se lisent encore dans la hauteur sous plafond des pièces de réception et dans l’alignement des portes en enfilade, qui ouvre une perspective d’une pièce à l’autre quand elles sont toutes ouvertes. Les parquets, pour la plupart en chêne, portent la trace du temps : ils craquent aux mêmes endroits depuis des décennies, un détail que les propriétaires n’ont jamais cherché à corriger. Les cheminées de pierre, conservées dans plusieurs pièces, restent fonctionnelles et servent encore l’hiver. La lumière de fin d’après-midi entre par les grandes baies orientées à l’ouest et glisse longuement sur les boiseries, un moment que les habitués de la maison guettent sans se l’avouer tout à fait. Aucune pièce n’a été transformée en décor figé : le mobilier d’origine, vendu aux enchères en 1793 et 1794, a été remplacé au XIXe siècle, quand il fallut remeubler entièrement la maison, et ces meubles de famille continuent d’y servir, ce qui explique certains signes d’usure.

XIXᵉ siècle

La restauration Duthoit (1883-1889)

Madame de Nicolay, née Adélaïde-Hyacinthe de Fougières, fait réparer et transformer le château de 1883 à 1889 par Edmond Duthoit, architecte à Amiens. De cette campagne datent le fronton qui surmonte la façade et la modification du perron. C’est pour l’essentiel le château issu de ces travaux que l’on découvre aujourd’hui en franchissant l’avant-cour.

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